Chaque note a son heure, son lieu et son petit secret. Ces confessions intimes se suivent comme une conversation nocturne, avec des silences, des hésitations et des mots qu'on n'aurait peut-être jamais osé écrire.
Lun. 23 h 48, après la fête
Je cherchais encore ta voix
Bon, je suis rentrée depuis presque une heure. Il y a encore de la musique dans ma tête et des confettis dans mes cheveux, c'est ridicule. Je t'ai vu près du vieux platane, avec ton verre de citronnade, et tu m'as demandé si je rentrais à pied. Rien d'extraordinaire, hein. Pourtant, j'ai repensé à cette question tout le chemin. La route sentait le thym chaud et les volets claquaient avec le vent. J'aurais pu te proposer de marcher avec moi. J'ai même ralenti devant la fontaine, au cas où tu me rattraperais. Tu ne l'as pas fait. Je crois que ce qui me trouble, ce n'est pas ton absence. C'est que j'avais déjà imaginé ta présence à côté de moi.
Nostalgie tendre
Mar. 01 h 16, porte entrouverte
Tu peux rester encore
Écoute, je sais qu'il est tard. La maison dort, sauf le vieux réfrigérateur qui fait ce bruit de bateau au milieu de la cuisine. Tu es parti il y a dix minutes et ton verre est toujours sur la table. Je pourrais le ranger, mais je crois que je le laisse là exprès. Quand tu as remis ta veste, j'ai eu envie de te dire de ne pas partir. Pas pour une raison compliquée. Juste parce que ta présence rendait cette pièce plus douce. Tu avais posé ta main sur mon épaule en disant bonne nuit, et j'ai senti la chaleur rester longtemps après. Alors voilà, je t'envoie ça au lieu de dormir. Si demain tu veux reprendre cette conversation, je serai sur la terrasse après le dîner.
Désir discret
Mer. 00 h 32, route des oliviers
Je suis un peu jalouse
Il y avait trois personnes autour de toi ce soir, et j'ai passé beaucoup trop de temps à compter les sourires. Je sais, ce n'est pas très glorieux. Tu parlais avec cette femme en robe claire, vous aviez l'air de vous connaître depuis longtemps. Moi, j'étais près du portail, à faire semblant de m'intéresser aux lanternes. En rentrant, j'ai laissé les fenêtres ouvertes pour entendre les cigales, mais elles n'ont pas réussi à couvrir mes pensées. Je ne veux pas décider à qui tu parles, ni te demander de changer quoi que ce soit. Je voulais seulement être honnête avec moi-même : ça m'a piquée de te voir si attentif à quelqu'un d'autre. Et ça m'a surtout appris que je tiens à toi davantage que prévu.
Jalousie douce
Jeu. 22 h 57, linge au balcon
Le parfum sur ta chemise
Je viens d'étendre les draps. Il fait encore chaud, même après la tombée du jour, et les voisins ont laissé leur radio allumée sur une chanson ancienne. En pliant les serviettes, j'ai retrouvé ton foulard sur le dossier d'une chaise. Il sent encore le savon que tu utilises, celui qui me rappelle la petite maison derrière le marché. Tu m'avais prêté ce foulard pendant l'orage, tu te souviens ? On était restés sous l'auvent à regarder la pluie rebondir sur les pierres. Tu avais dit que tu n'étais pas pressé de rentrer. J'ai gardé cette phrase bien plus longtemps que le tissu. Je pourrais te le rendre demain, bien sûr. Mais j'aimerais aussi avoir une bonne raison de te revoir.
Trouble
Ven. 02 h 04, terrasse vide
J'ai failli tout avouer
Alors, j'ai failli le dire. Vraiment. Nous étions assis sur les marches, juste après le dernier verre, et tu regardais les lumières du village en contrebas. J'avais les mains froides malgré la chaleur, c'est bizarre, non ? Tu m'as demandé ce que je voulais faire après l'été. J'ai répondu quelque chose sur le travail, sur Paris, sur les cartons. Pas un mot sur toi. Je crois que j'ai peur de transformer ce qui existe entre nous en quelque chose qu'on pourrait perdre. Mais en même temps, chaque fois que tu repars, je reste avec cette impression de conversation inachevée. Demain, je vais essayer de ne pas me cacher derrière une plaisanterie. Je ne promets pas d'être brillante. Juste sincère.
Vertige
Sam. 00 h 19, dernier train
Ton départ dans le noir
Le train vient de partir. Je suis encore sur le quai, avec mon sac posé contre mes chaussures et un billet froissé dans la poche. Tu as souri jusqu'au dernier moment, comme si nous avions tout notre temps. Puis les portes se sont refermées et j'ai vu ton visage disparaître derrière la vitre. Je pensais que cet été serait une parenthèse agréable, quelques promenades, des repas trop longs, des baignades à la fin de l'après-midi. Je n'avais pas prévu de reconnaître tes pas dans une rue pleine de monde. Le vent transporte l'odeur du café depuis la gare, et le quai devient silencieux. Je ne sais pas encore ce que septembre nous réserve. Mais je sais que je ne veux pas faire semblant de t'avoir rencontré par hasard.
Mélancolie
Dim. 01 h 43, cuisine éclairée
La vérité sur ce baiser
Je refais cette scène depuis trois jours. La cuisine était éclairée par cette petite lampe au-dessus de l'évier, et tu avais encore de la farine sur la joue. On avait préparé une tarte aux abricots, enfin, surtout toi, parce que j'étais occupée à te regarder faire. Quand tu t'es approché, je n'ai pas reculé. Tu m'as embrassée doucement, puis tu as attendu, comme si ma réponse comptait plus que le reste. Elle comptait. Elle compte toujours. Après, j'ai dit que je devais rentrer. C'était vrai, mais ce n'était pas toute la vérité. J'avais peur de ce que je ressentais, et je suis partie trop vite. La prochaine fois, si tu en as envie aussi, j'aimerais ne pas interrompre ce moment avec une excuse.
Regret tendre
Lun. 03 h 08, fenêtre ouverte
Je voudrais un autre été
Il est trois heures passées et un volet grince quelque part dans la rue. Je n'arrive pas à dormir. Demain, on commence à ranger la maison, les chaises retournent dans le cabanon et les pots de basilic seront confiés aux voisins. Tout le monde parle déjà de la rentrée. Moi, je pense à ce matin où nous avons marché jusqu'au marché sans acheter autre chose que des pêches et du pain. Tu avais pris ma main pour traverser la rue, puis tu l'avais gardée un peu plus longtemps que nécessaire. Je ne sais pas si tu appelles ça une histoire ou simplement un bel été. Je sais seulement que je voudrais te retrouver ailleurs qu'ici, dans une autre saison, avec moins de départs à prévoir. Je te laisse choisir la date. Cette fois, je serai là.
Espoir